boîte noire

enquête documentaire / en cours

Projet soutenu par la DRAC Centre Val de Loire et le dispositif de mentorat de l’association Wise Women en 2025.

Boite Noire est un projet protéiforme d’enquête documentaire expérimentale généalogique et historique dans une démarche décoloniale entre la France et le Cameroun. Ce projet est un corpus composé d’un film documentaire mêlant films de famille et images tournées en Super 8, d’une série photographique, d’une vidéo, des entretiens et captations audios ainsi qu’un travail de valorisation d’un fonds photographique familial.

Mon père François est né à Maroua à l’extrême-nord du Cameroun en 1949 à l’époque des colonies. Mon grand- père René y était vétérinaire inspecteur, ma grand-mère Marcelle était professeure d’éducation physique. Ils étaient tous les deux employés par la France. Ma tante Martine est née en 1951 et ils ont vécu tous les quatre à Garoua dans une grande maison blanche au milieu de la brousse pendant 10 ans. Mon grand-père est mort du typhus à Yaoundé dans la nuit du 26 au 27 mai 1959 à 37 ans ; mais personne ne semble croire à cette histoire. Ma grand-mère décède en 1967 d’un AVC à 43 ans en pleine nuit, suite aux séquelles d’un accident de voiture survenu quelques années auparavant.

En tout, elle aura eu trois accidents de voiture dont un post-mortem. Mon père et ma tante encore mineurs se retrouvent orphelins et demandent à être émancipés. Et une nuit de janvier 1981 alors que mon père dort dans la pièce d’à côté ma tante saute par la fenêtre du 10ème étage, elle avait 30 ans. Mon père meurt à 69 ans en EHPAD, peu de temps après ma décision de couper les ponts avec lui. Alors j’ai décidé de mener l’enquête.

Cette enquête démarre par un sauvetage. En 2018, j’ai 21 ans et mon père se fait expulser de son appartement. Je récupère comme je peux ce qui fait sens pour moi avant l’arrivée des huissiers : images, appareils photographiques, films 8mm et divers objets lui ayant appartenus. Il décèdera quelques mois plus tard.

Si mon grand-père René est arrivé en 1948 en tant que vétérinaire il y est mort en 1959 en tant que vice-président de l’Assemblée Législative, député de la Bénoué (région de Garoua), président de la commission des travaux publics et du plan, membre de la commission des affaires administratives à l’Assemblée Législative et représentant de ladite Assemblée au conseil d’administration de la SEREPCA (Société de Recherche et d’Exploitation des Pétroles du Cameroun, aujourd’hui possédée par Total Energies).

Jusqu’ici personne ne parlait du Cameroun. Pourtant entre 1945 et le début des années 1970, il y aurait eu entre 20 000 et 100 000 morts. L’armée française a mené une répression coloniale violente. L’indépendance a été une orchestration politique et militaire par la France pour garder main mise sur son territoire sous tutelle grâce au gouvernement d’Ahmadou Ahidjo. Ahidjo et mon grand-père étaient amis et collègues. Mon histoire et celle de ma famille sont liées à celles de la colonisation puis de l’indépendance du Cameroun.